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Les ruines fertiles de l’industrie musicale

21 mai 2010 vu 2 995 fois pas de commentaires

Assumer toute la chaîne de production d’une oeuvre musicale, de l’enregistrement à la distribution, c’est le rêve de tout artiste amateur qui souhaite percer. Jusqu’alors contraints de céder leurs droits aux maisons de disque pour espérer bénéficier d’une once de promotion, les artistes indépendants voient aujourd’hui une alternative s’offrir à eux. Entre utopie et réalité, réseaux sociaux et plateformes de ventes en ligne, internet est perçu comme l’Arche de Noé des laissés pour compte de l’industrie phonographique.

© MJ - gonograph.blogspot.com

En six ans, les maisons de disque ont perdu plus de la moitié de leur chiffre d’affaires. Sur la même période, la production d’album a chuté de 60 %. Fort heureusement pour les musiciens utopistes et fauchés, jamais autant de moyens techniques n’ont été mis à leur disposition pour toucher une audience très large et à moindre coût. Facebook, Myspace ou Youtube leur donnent l’espoir de s’affranchir des lois du marché et d’assurer, comme des grands, leur petite publicité. Quant à la distribution, de nouvelles plateformes comme Yozik ont pointé le bout de leur nez. Elles proposent aux particuliers de vendre directement leurs morceaux en ligne, sans commission et en conservant leurs droits. « Aujourd’hui il y a des groupes qui arrivent à vivre en se passant de toute structure, en faisant appel à des intermédiaires comme Yozik» explique Henri-Pierre Mousset, créateur de la société.

Une situation contrastée

Pour autant, le phénomène reste marginal et n’a pas encore la force de court-circuiter les schémas classiques de diffusion, comme l’indique Borey Sok, consultant en communication online spécialisé dans la musique. « À partir du moment où il veut une stratégie de promotion à l’échelle nationale, un artiste seul ne peut rien faire et il doit faire appel à une maison de disque ». Concrètement, le musicien se retrouvera très vite dans l’impasse quand il devra lâcher sa guitare pour gérer des questions juridiques complexes, ou lorsqu’il devra continuer à assurer sa promotion lors d’une tournée. Un constat d’autant plus sombre que la courbe des ventes numériques reste bien molle, ne représentant que 12,5% du marché. « Les gens n’achètent plus de musique, que ce soit sur internet ou sur CD. La croissance des ventes numériques ne permet pas une compensation de la chute des ventes de disque », poursuit Borey Sok. Vendre sa musique, on zappe ! Pour vivre, l’artiste doit savoir grappiller sa rémunération sur ses droits de diffusion, ou damne ! signer un pacte avec le diable ! Comme l’explique Borey, « un des points qui peut être envisagé et qui fait débat, c’est l’association des musiciens avec des marques. Elles sont une source de revenus non-négligeables.  Il y a beaucoup d’artistes qui n’hésitent pas à vivre de ça. Un exemple très frappant : le label The Hours a été racheté par l’agence Euro RSCG ».  Pour Henri-Pierre Mousset « l’avenir sera d’établir une relation directe avec les fans, de renforcer les liens avec eux ». On passera d’un marché de l’offre, à un marché de la demande où les artistes, en plus de gérer leur promo, leur diffusion, le paiement de leurs droits, les tournées et l’enregistrement devront répondre aux exigences de leurs fans.

Mathieu Jouen

Comme le vinyle avant lui…

© Gregg Bréhin

Face au téléchargement, illégal ou non, le CD a un pied dans la tombe. La galette dorée n’a pourtant pas dit son dernier mot et nombre d’irréductibles croient encore en lui. C’est le cas de Smooth, formation electro-pop nantaise, qui a décidé de lutter contre la dévalorisation de l’objet en le commercialisant à la carte sur son site web. « Le plus important est de satisfaire les amoureux de musique tout en permettant aux artistes de continuer à vivre décemment de leur art » explique David, chanteur du groupe et responsable de Do You Like, son label. Le concept : « personnaliser le disque et son contenu au travers de différentes pochettes et type de supports. Le tout est livré en 48h à la maison.» Ironie du sort, le compact disque, vache à lait de l’industrie phonographique des année 80 qui avait mis son grand frère vinyle au placard, le rejoint au rang d’objet de collection. MJ

www.smooth.fr

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